Rotule — instabilité

Luxation et instabilité de la rotule

La rotule glisse normalement dans un rail creusé dans le fémur. Lorsqu'elle en sort et se déboîte vers l'extérieur, on parle de luxation. Quand cette tendance se répète ou s'installe, on parle d'instabilité. Comprendre pourquoi la rotule se déboîte, ce qui le favorise et comment la stabiliser durablement est l'objet de cette page.

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Illustration Rotule
Comprendre l'instabilité de la rotule

La rotule se déplace dans une gouttière en forme de V située à l'avant du fémur, la trochlée. Tant que la rotule reste bien centrée dans ce rail, le genou se plie et se tend sans à-coup. Lorsqu'elle s'en échappe vers l'extérieur, c'est la luxation ; lorsqu'elle ne sort que partiellement, on parle de subluxation.

L'instabilité n'est pas une maladie unique mais un symptôme : c'est la tendance de la rotule à se déboîter ou à menacer de le faire. Elle peut se manifester après un premier accident, ou s'installer sur un genou prédisposé. Comprendre ce qui la favorise est la clé d'un traitement adapté.

Le principal stabilisateur : le ligament MPFL. Sur le bord interne du genou, le ligament fémoro-patellaire médial (MPFL) retient la rotule et l'empêche de partir vers l'extérieur. Lors d'une première luxation, ce ligament est presque toujours rompu ou distendu, ce qui fragilise la stabilité pour la suite.

Instabilité vraie ou simple douleur de la rotule ?

Il est important de ne pas confondre l'instabilité, où la rotule se déboîte réellement, avec un syndrome rotulien douloureux, où la rotule fait mal sans se luxer. Les deux peuvent coexister, mais leur prise en charge diffère.

Instabilité objective

La rotule s'est déjà déboîtée au moins une fois. L'examen et l'imagerie retrouvent des signes francs. C'est la situation qui peut relever d'une stabilisation chirurgicale lorsque les épisodes se répètent.

Instabilité potentielle

La rotule ne s'est jamais luxée, mais le genou présente des facteurs prédisposants, parfois associés à des douleurs. La surveillance et la rééducation sont alors au premier plan.

Pourquoi la rotule se déboîte-t-elle ?

La luxation survient rarement par hasard. Le plus souvent, plusieurs facteurs favorisants se conjuguent et fragilisent le maintien de la rotule dans son rail. Les identifier est essentiel, car ce sont eux que la chirurgie cherchera à corriger.

Une trochlée trop plate

  • Le rail du fémur est peu creusé (dysplasie)
  • La rotule y est moins bien tenue
  • Souvent un terrain familial

Une rotule trop haute

  • La rotule entre tard dans son rail (patella alta)
  • Elle est moins protégée en début de flexion

Un mauvais alignement

  • La traction du tendon tire la rotule vers l'extérieur
  • Parfois lié à une torsion de l'os

Une bascule de la rotule

  • La rotule s'incline vers l'extérieur
  • Conséquence des autres anomalies

Ces facteurs peuvent être présents sur les deux genoux, et l'instabilité a souvent une part héréditaire. C'est pourquoi le bilan ne se limite pas au genou qui s'est luxé : il cherche à comprendre l'ensemble de la mécanique rotulienne.

Quels sont les symptômes ?

Lors d'une luxation, la rotule se déboîte brutalement vers l'extérieur, souvent lors d'un mouvement de torsion ou de pivot. Elle se remet parfois spontanément en place, ce qui s'accompagne d'une vive douleur et d'un gonflement rapide du genou.

En dehors des épisodes, le signe le plus caractéristique est l'appréhension : une sensation que la rotule va « repartir », notamment lorsqu'on sollicite le genou dans certaines positions. Cette perte de confiance peut suffire à limiter les activités, même sans nouvelle luxation.

Comment se fait le diagnostic ?

Le diagnostic est d'abord clinique. L'interrogatoire précise les circonstances, le nombre d'épisodes et les antécédents, y compris familiaux. L'examen recherche l'appréhension et les signes d'instabilité, et apprécie la course de la rotule lorsque le genou se plie et se tend.

L'imagerie complète l'examen et analyse les facteurs favorisants. Les radiographies et le scanner précisent la forme de la trochlée, la hauteur de la rotule, son alignement et sa bascule. Ces éléments sont déterminants pour construire une stratégie de traitement adaptée à votre genou.

Après une luxation, le bilan recherche aussi un fragment de cartilage ou d'os qui aurait pu se détacher au moment de l'accident, car sa présence peut modifier la prise en charge.

Les principes du traitement

Après une première luxation, le traitement est le plus souvent non chirurgical. La rééducation, parfois associée au port temporaire d'une genouillère, vise à renforcer le contrôle de la rotule et à restaurer la confiance dans le genou.

La chirurgie est envisagée lorsque les luxations se répètent (instabilité objective récidivante), lorsque la gêne persiste, ou lorsqu'un fragment de cartilage doit être traité. L'objectif est double : stabiliser durablement la rotule et protéger le cartilage de l'articulation, que les luxations répétées peuvent abîmer.

Une chirurgie « à la carte »

Il n'existe pas une opération unique de l'instabilité, mais une combinaison de gestes choisie en fonction des facteurs favorisants retrouvés sur votre genou. C'est ce qu'on appelle une chirurgie à la carte : on corrige ce qui doit l'être, et seulement cela.

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Reconstruire le ligament MPFL

C'est le geste central de la stabilisation. Le ligament interne qui retient la rotule, rompu lors des luxations, est reconstruit pour recréer le stabilisateur interne de la rotule.

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Réaligner l'attache du tendon (TTA)

Lorsque la rotule est mal alignée ou trop haute, l'attache osseuse du tendon rotulien peut être déplacée pour recentrer la rotule et améliorer sa course.

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Recreuser la trochlée (trochléoplastie)

Quand le rail du fémur est nettement trop plat, il peut être remodelé pour lui redonner une forme qui guide et retient mieux la rotule. Ce geste plus spécialisé est réservé à certaines situations.

Reconstruction MPFL
Reconstruction du MPFL par autogreffe : un greffon tendineux, fixé entre le fémur et la rotule, recrée le stabilisateur interne de la rotule.

Aucune combinaison n'est supérieure aux autres dans l'absolu. Le choix dépend des facteurs présents sur votre genou, de votre âge et de votre activité. La stratégie la plus adaptée est définie avec vous en consultation, après un bilan complet.

La récupération

Les suites dépendent des gestes réalisés. La récupération est progressive et encadrée par la rééducation, qui occupe une place essentielle pour retrouver la mobilité, la force du quadriceps et la confiance dans le genou.

Vous êtes un acteur essentiel de cette récupération : le respect des étapes conditionne en grande partie la qualité du résultat. Le calendrier précis vous est expliqué et adapté à votre situation et à votre activité.

Ce que vous nous demandez le plus souvent
Après une première luxation, vais-je forcément être opéré ?

Non. Après un premier épisode, la prise en charge repose le plus souvent sur la rééducation, parfois avec une genouillère. La chirurgie est surtout discutée lorsque les luxations se répètent, lorsque la gêne persiste, ou lorsqu'un fragment de cartilage doit être traité. La décision est toujours individualisée.

Pourquoi ma rotule se déboîte-t-elle alors que je ne me suis pas fait mal ?

Parce que la luxation est souvent favorisée par des particularités anatomiques : un rail fémoral trop plat, une rotule un peu haute ou mal alignée. Sur un tel genou, un simple mouvement de pivot peut suffire à déboîter la rotule. Le bilan sert justement à identifier ces facteurs.

Qu'est-ce que le MPFL et pourquoi le reconstruire ?

Le MPFL est le ligament situé sur le bord interne du genou qui retient la rotule et l'empêche de partir vers l'extérieur. Il est presque toujours rompu dès la première luxation. Le reconstruire recrée le stabilisateur interne de la rotule : c'est le geste central de la stabilisation chirurgicale.

Les luxations à répétition peuvent-elles abîmer mon genou ?

Oui, chaque luxation peut endommager le cartilage de la rotule ou de la trochlée, et parfois détacher un fragment. C'est l'une des raisons pour lesquelles une stabilisation est proposée lorsque les épisodes se répètent : protéger le cartilage fait partie des objectifs du traitement.

Existe-t-il une seule opération pour stabiliser la rotule ?

Non. La chirurgie de l'instabilité est dite « à la carte » : elle combine, selon les cas, une reconstruction du MPFL et, si nécessaire, un réalignement de l'attache du tendon ou un remodelage de la trochlée. Le choix dépend des facteurs présents sur votre genou et se décide avec vous.

Votre rotule s'est déboîtée ou menace de le faire ?

Un avis spécialisé permet d'identifier les facteurs en cause et de construire une stratégie de stabilisation adaptée à votre genou. Le Dr Charles Pioger, responsable de l'unité genou, sport et arthrose, vous reçoit au CHU Ambroise Paré (AP-HP, Boulogne-Billancourt).

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