Rupture du tendon quadricipital
Le tendon quadricipital relie le muscle quadriceps au sommet de la rotule : c'est lui qui transmet la force permettant de tendre le genou. Lorsqu'il se rompt, le genou ne peut plus se redresser activement. La réparation chirurgicale donne de bons résultats lorsqu'elle est réalisée dans les jours qui suivent le traumatisme : l'essentiel est donc de reconnaître la rupture sans tarder.
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Le quadriceps, le grand muscle de la face avant de la cuisse, se prolonge par le tendon quadricipital qui s'attache au sommet de la rotule. La rotule transmet ensuite cette force au tibia par le tendon rotulien. Ensemble, ils forment l'appareil extenseur : une chaîne continue qui permet de tendre le genou, de se relever, de monter un escalier ou de marcher sans dérober.
Lorsque le tendon quadricipital se rompt, cette chaîne est interrompue juste au-dessus de la rotule. La force du quadriceps n'est plus transmise : le genou ne peut plus être redressé activement. Il n'y a pas de danger vital, mais c'est la fonction du genou qui est en jeu : la réparation se prévoit dans les jours qui suivent le traumatisme, ce qui rend important de poser le diagnostic rapidement.
Une rupture qui touche surtout l'adulte après 40 à 50 ans. Elle survient le plus souvent sur un tendon fragilisé, lors d'un mouvement de freinage du genou : une glissade, un faux pas, une réception ratée. Le quadriceps se contracte violemment alors que le genou se plie — ce mécanisme dit excentrique met le tendon en tension extrême et peut le rompre.
Le mécanisme typique est indirect : il n'y a pas forcément de choc direct sur le genou. C'est la contraction brutale du quadriceps, alors que le genou est en train de se plier, qui arrache le tendon. Une glissade rattrapée, une marche manquée dans un escalier ou une réception déséquilibrée suffisent souvent à déclencher la rupture.
Le tendon cède le plus souvent à son insertion sur la rotule. La rupture peut être complète — le tendon est entièrement détaché — ou partielle, ce qui rend le diagnostic plus difficile car une partie de l'extension peut être conservée. Cette forme partielle est l'un des principaux pièges de cette pathologie.
Le signe le plus important est la perte de l'extension active : la difficulté à tendre le genou par ses propres muscles. Concrètement, allongé sur le dos, on n'arrive plus à décoller la jambe tendue ni à la maintenir levée sans qu'elle ne fléchisse sous l'effet de son propre poids. À la marche, le genou se dérobe et lâche, ce qui rend l'appui difficile.
Perte d'extension active
- Impossibilité de tendre le genou seul
- Le genou lâche et se dérobe à la marche
- C'est le signe d'alerte principal
Une encoche au-dessus de la rotule
- Dépression palpable juste au-dessus de la rotule
- Le « trou » se sent là où le tendon a cédé
- Douleur à ce niveau
Une rotule descendue
- Sans son attache haute, la rotule glisse vers le bas
- Visible sur les radiographies
Une gêne immédiate
- Boiterie dès l'accident
- Gonflement au-dessus du genou
La douleur seule ne doit jamais rassurer : un genou douloureux qui ne tient plus en extension après un faux pas doit faire évoquer la rupture, même chez un patient qui marche encore un peu.
Le diagnostic est avant tout clinique. Le test essentiel est celui de l'extension active : allongé sur le dos, on demande de lever la jambe tendue et de la maintenir en l'air. En cas de rupture, ce geste est impossible ou la jambe retombe. La palpation recherche l'encoche caractéristique au-dessus de la rotule, et l'examen compare systématiquement les deux genoux pour repérer la différence.
L'imagerie confirme, elle ne doit pas retarder la prise en charge. L'IRM précise l'étendue de la rupture et son siège ; l'échographie peut également aider. Mais attendre un examen pour poser un diagnostic déjà évident à l'examen fait perdre un temps précieux : c'est l'examen clinique qui doit guider la décision.
Ce diagnostic est parfois retardé, en particulier chez les patients plus âgés ou en cas de rupture partielle, où une extension résiduelle peut tromper. Or un retard expose à un tendon qui se rétracte, à une raideur et à une perte de force qui compliquent la réparation.
Une rupture complète du tendon quadricipital relève de la chirurgie. L'objectif est de réinsérer le tendon sur le sommet de la rotule afin de restaurer la continuité de l'appareil extenseur et de redonner au genou sa capacité de se tendre activement.
Réparer dans les jours qui suivent
La réinsertion donne les meilleurs résultats lorsqu'elle est réalisée dans les jours qui suivent le traumatisme. Au-delà, le tendon tend à se rétracter, ce qui peut rendre le geste un peu plus complexe : c'est pourquoi un avis est utile rapidement.
Réinsérer le tendon sur la rotule
Le tendon est solidement rattaché au sommet de la rotule, au moyen de fils passés dans l'os ou d'ancres. La continuité de la chaîne extensive est ainsi reconstituée.
Protéger puis rééduquer
Le genou est d'abord protégé par une attelle, puis la rééducation est reprise de façon progressive pour retrouver la mobilité et la force du quadriceps sans mettre la réparation en tension trop tôt.
Les suites associent une phase de protection par attelle, puis une rééducation progressive et encadrée. On récupère d'abord la mobilité, puis la force du quadriceps, en respectant des étapes qui protègent la réparation. Le calendrier est adapté à votre situation et à votre niveau d'activité.
Vous êtes un acteur essentiel de cette récupération : la régularité de la rééducation conditionne en grande partie la qualité du résultat, notamment le retour d'une extension complète et efficace du genou.
Faut-il opérer en urgence ?
Il n'y a pas d'urgence vitale et rien ne justifie de paniquer. En revanche, la réinsertion donne les meilleurs résultats lorsqu'elle est réalisée dans les jours qui suivent le traumatisme. L'important est donc de consulter rapidement pour poser le diagnostic et organiser la prise en charge sereinement.
Je marche encore un peu : est-ce que cela exclut une rupture ?
Non. Une rupture partielle peut laisser une extension incomplète et permettre de marcher difficilement, ce qui peut faussement rassurer. Le point clé est la capacité à tendre complètement le genou et à le maintenir tendu. En cas de doute après un faux pas, un examen spécialisé s'impose.
L'IRM est-elle indispensable avant de décider ?
L'imagerie confirme le diagnostic et précise la lésion, mais elle ne doit pas retarder la prise en charge. Lorsque l'examen clinique est déjà évocateur, attendre un examen complémentaire fait surtout perdre un temps utile. C'est l'examen clinique qui oriente la décision.
Que se passe-t-il si la rupture n'est pas traitée à temps ?
Un diagnostic retardé expose à une rétraction du tendon, à une raideur et à une faiblesse durable du quadriceps. La réparation devient alors plus complexe et le résultat moins prévisible. C'est précisément pour éviter cela qu'une reconnaissance précoce est importante.
Vais-je retrouver un genou normal après l'opération ?
L'objectif est de restaurer une extension active complète et un genou stable à la marche. La récupération est progressive et repose largement sur la rééducation. Le résultat dépend de la précocité de la réparation et de votre implication dans la rééducation, qui sont les deux leviers les plus importants.
Votre genou ne tient plus en extension après un faux pas ?
Une rupture du tendon quadricipital se reconnaît à l'examen et se traite d'autant mieux qu'elle est prise en charge rapidement. Le Dr Charles Pioger, responsable de l'unité genou, sport et arthrose, vous reçoit au CHU Ambroise Paré (AP-HP, Boulogne-Billancourt).